UNE JOLIE LANGUE DE BARBARES

assimil-le-japonais-sans-peine-tome-2Une année de japonais à Rennes 2… J’avais l’impression d’avoir appris beaucoup, mais une fois arrivée dans ce pays je me suis rendue compte à quel point j’étais à la masse dans cette aventure hasardeuse qu’est la langue japonaise. Certes, mes restes de chinois m’ont permis de déchiffrer les caractères élémentaires (« sortie », « viande », « eau », « laver »), mais ça ne m’a pas empêchée de me sentir un peu perdue dans cet océan de signes étranges… sans compter les fois où je tirais des têtes d’ahurie lorsque des locaux me parlaient (« voulez-vous un sac plastique ? », « où habites-tu ? »). Et oui, mon niveau se limitait à « j’aime le cinéma parce que c’est sympa » et à « qu’est-ce que vous aimez boire ? ».

Bref, le premier mois fut un peu chaud linguistiquement. Quelle ne fut pas ma déception lorsque que je ne comprenais strictement rien à ce que les jeunes étudiants japonais pouvaient dire ! J’ai appris par la suite qu’au début de l’apprentissage le japonais enseigné était du langage poli, alors que celui des jeunes était « casual », c’est-à-dire avec des formes verbales et de la grammaire totalement différentes.

Et puis le temps passe, et les cours de japonais ont commencé à être de plus en plus complexes. Aujourd’hui a eu lieu la dernière leçon de mon manuel. Quel plaisir de constater qu’on a fait autant de progrès ! Certes, mon japonais est loin d’être fluide et naturel, et je ne saisis toujours pas 100% de ce qu’on me dit, mais ma vie quotidienne s’éclaire de plus en plus : je comprends lorsque la caissière me demande si j’ai la carte de fidélité (yeah), j’arrive (presque)(merci Marie) à faire une réservation d’hôtel entièrement en japonais, je peux commander un plat dans un restaurant, je peux guider Thomas dans un quartier inconnu avec un plan uniquement en japonais, je peux déchiffrer un peu mieux les caractères des produits de mon magasin fétiche… Oui, ça a l’air banal, mais je suis partie de pas grand-chose !

Je suis vraiment contente de parvenir à comprendre chaque jour un peu mieux une langue aussi différente de celles que j’ai appris jusque-là. Le japonais est tellement complexe, avec ses formes verbales changeantes selon le niveau de langage, ses trois alphabets, ses innombrables expressions toutes faites à rallonges, ses caractères qui changent de prononciation selon le contexte. Saisir petit à petit tous les aspects d’une langue, c’est se rapprocher un peu plus de la culture qui y est liée. J’espère qu’au prochain semestre je m’en serai rapprochée encore un peu plus…

En tout cas, je n’aurais jamais fait autant de progrès sans mes deux profs absolument géniaux, débordant de créativité et de dynamisme, qui n’ont jamais flanché devant le manque de rigueur dont nous, élèves ingrats, faisions preuve. Il ne faut pas non plus que j’oublie d’intégrer le facteur « Marie » dans ma progression, qui répond à toutes mes questions d’ordre linguistique avec justesse (mais la plupart du temps, disons simplement qu’elle me sauve la vie).

 

Pour la petite histoire (youhou) j’ai eu envie de faire cet article parce que je viens de parcourir en entier mon cahier de notes de japonais. J’ai pas mal ri en relisant certaines phrases que j’ai notées à la va-vite. Petite chronologie de ce que j’ai retrouvé (et je mets la prononciation, comme ça si vous voulez apprendre des choses inutiles c’est parfait) :

-Pourquoi aimez-vous les légumes ? Parce que c’est cool. [Dôshite yasai ga suki desu ka ? Kakoi desu kara]
-S’embrasser dans les toilettes / Embrasser les toilettes [Toile de kisu shimasu / Toile ni kisu shimasu]

-Lady Gaga est devenue célèbre [Ledi Gaga yûmei ni narimashita]

-Quand je m’ennuie, je fais des blagues [Taikutsuna toki, jodan o shimasu]

-Quand on parle de nourriture, j’ai faim [Tabemono no hanashi o suru to onaka ga sukimasu]

-Maureen a gentiment indiqué le chemin à un vieil homme [Morin-san wa ojîsan ni michi o oshiete agemashita]
Pour info, la dernière phrase a été émise par mon prof mardi dernier, après sa magnifique imitation de vieil homme qui me demande où est la banque.

 

Pour terminer, à la question qui m’est souvent posée : « mais tu as fait du chinois ?! Ça doit être facile pour toi d’apprendre le japonais », je répondrai : http://www.youtube.com/watch?v=V9wBtPWBbeo

J’exagère, le chinois me permet de me repérer un peu visuellement. Ceci dit, les Japonais ont seulement emprunté les caractères aux chinois il y a des siècles de cela pour représenter les idées de manière plus concise, mais ils avaient déjà leur propre vocabulaire et leur propre grammaire… ce qui donne lieu à des choses bizarres. Par exemple, le caractère « montagne »(山), qui se dit « shan » en chinois, pourra se dire « yama » en japonais, ou alors « san » ou « zan » lorsqu’il est employé pour dire « le Mont Fuji » ou « volcan ». De même, j’ai des problèmes avec la prononciation des deux caractères qui ensemble forment le mot « sortie » (出口), et qui dans mon esprit  sont « sortir-bouche » (littéralement)(oui, ce n’est pas très joli) ou « qukou » (en chinois). La vraie prononciation étant « deguchi », je l’ai retenue grâce à de nombreux interros surprise de Marie.

Voilà 🙂 Le Japonais, c’est quand même ultra stylé. Et puis, ça n’a rien à voir avec le chinois aggressif que hurlent quotidiennement mes voisines. Le Japonais, ça a le mérite d’être joli… non ? (non, pas tout le temps)

REDÉCOUVRIR TOKYO

Comme ça fait longtemps que je n’ai pas écrit (mes excuses), je commence par des petits détails en vrac et dans le désordre :

– J’ai réussi à m’enregistrer à temps à l’Ambassade, youpi je vais pouvoir voter
– Marie et moi on a nos billets d’avions pour partir du 26 février au 7 mars à OKINAWA ! ( = île paradisiaque carrément au sud-est du Japon)
– J’ai fait dans la même semaine deux dissertations en japonais, une sur Bollywood, et l’autre sur la Bretagne. Ma vie est plutôt cool.
– J’ai reçu des courriers fort sympathiques pour Noël, j’en remercie les expéditeurs (ou -trices plutôt)
– Je suis parvenue à localiser où se situait le centre Pokémon de Tokyo

Maintenant place au véritable article :

Ça faisait environ 4 mois que j’habitais dans cette ville. La surprise et la curiosité permanente des premières semaines avaient laissé place à une sorte de quiétude. Marcher dans les rues de Tokyo me paraissait naturel. Je me sens attachée à cet endroit, presque comme si j’étais Tokyoïte.
Au début des vacances de Noël, Thomas est arrivé. Il a fait tout le trajet depuis l’Allemagne de l’Est pour venir me voir et découvrir cette ville du bout du monde. Me voilà donc dans le rôle du guide… je n’avais pas imaginé tout ce que j’aurais pu redécouvrir en parcourant la ville à ses côtés.
« C’est fascinant… » Il répétait souvent ces mots. Oui, cette ville est fascinante, peut-être que j’avais de plus en plus tendance à l’oublier. L’imposant temple d’Asakusa, la vue sur le coucher de soleil derrière le Mont Fuji du haut des tours de Shinjuku, la foule compacte et excentrique d’Harajuku, le temple Meiji Jingu et son immense parc, le mariage entre les buildings et la mer à Odaiba, l’ambiance différente d’un quartier à l’autre… J’ai revu tout cela à travers son étonnement, ses surprises, ses découvertes. J’ai repris conscience que je vivais dans une ville unique, que je ne devais pas oublier que ce qui me paraissait à présent naturel était en fait tout à fait incroyable. Je ne veux pas dire pas que je commençais à être blasée, j’avais seulement intégré les aspects fascinants de Tokyo à une sorte de « normalité ». Revivre cette ville avec Thomas a mes côtés m’a vraiment permis de changer à nouveau mon regard sur Tokyo… Je l’aime encore davantage.

Le troisième jour, j’ai choisi de l’emmener à Kamakura, ville que j’avais déjà visitée avec Marie. Là encore j’ai redécouvert Kamakura, mais pas pour les mêmes raisons : les chemins que j’ai emprunté avec Thomas ce jour-là étaient complètement différents de la fois d’avant. D’abord, nous avons fait deux chemins de randonnée dans la montagne, dans un cadre absolument magique. Nous sommes tombés sur un petit temple plein de charme dont l’entrée et quelques annexes étaient creusées dans la roche…

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J’ai rajouté les nouvelles photos à l’album « Kamakura »
Étape finale de la première randonnée : le Daïbutsu, que j’avais surnommé « big Bouddha » dans un de mes précédents articles. Avec ce ciel bleu, il était encore plus imposant. Nous sommes ensuite allés visiter le temple Hase Kannon, plutôt grand, avec d’innombrables détails qui font tout son charme.

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Le Hase Kannon se situant en hauteur, nous avons aperçu la mer… au bord de laquelle nous avons ensuite fait une longue promenade.
Notre deuxième randonnée, plus intense, nous a aussi donné son lot de découvertes, en particulier la vue magique sur la baie et sur le Mont Fuji à l’heure où le soleil disparaissait derrière la ligne des montagnes…
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Nous sommes rentrés fatigués mais ravis de cette journée, qui a rendu le reste du séjour  inoubliable. 🙂

Autre excursion hors de Tokyo : Yokohama. Cette ville n’est qu’à 45mn en train de Tokyo, je n’y étais encore jamais allée. Avec Thomas nous avons choisi de visiter en premier le Chinatown local, qui faisait vraiment quartier à touristes, avec des dragons et des pandas partout. Après avoir mangé dans un restaurant vraiment cliché (serveuses chinoises, musique de Titanic avec des instruments chinois, peintures de la Muraille de Chine, menus A B C D…), nous sommes allés faire un tour sur la promenade en bord de mer, l’atmosphère y était vraiment très agréable.

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J’ai dû laisser Thomas entre les mains d’Air China le 1er janvier. Merci à lui d’être venu. J’ai maintenant avec moi des souvenirs inoubliables, et une toute nouvelle vision des choses…