La Chine 2.0

J’aimerais vous écrire un petit article au sujet de la Chine moderne telle que je la vis actuellement, après presque deux mois d’installation. Qu’est-ce que j’entends par « Chine moderne » ? Toutes les formes prises par les nouvelles technologies dans le quotidien, vues et interprétées par mes yeux d’Européenne moyenne. Et tout cela passe par le téléphone.

Certes, la vie en Équateur ne m’a en rien préparée à une utilisation accrue du smartphone : pas de données réseaux, pas d’applis indispensables hormis Whatsapp, pas de paiements en ligne, et (dans mon cas) un outil personnel beaucoup trop lent pour en être dépendante. Pour faire court, mon téléphone pré-Chine me servait uniquement à communiquer. Ça paraît basique, mais depuis que je suis en Chine je ne le vois plus du tout de la même façon.

Impossible de parler de téléphone sans parler de Wechat (微信 pour les intimes). Vous le savez, les applications que nous utilisons en général en Europe et aux États-Unis (Gmail, Facebook, Whatsapp etc) sont bloquées en Chine. Les Chinois ne le vivent pas mal, puisqu’ils ont Wechat, la super-application nationale qui fait tout. Je dis bien tout. D’après mes conversations avec certains Chinois, Wechat était vu comme « très pratique », « indispensable pour payer », « utilisé par tous les Chinois ». Et c’est vrai : je n’ai encore rencontré personne qui n’avait pas de compte Wechat. Un jour, à cause d’un malentendu, une étudiante a cru que je n’avais pas cette application, elle m’a regardée avec des yeux horrifiés. Elle a poussé un soupir de soulagement quand je lui ai montré la petite icône verte sous mon téléphone. Ce malentendu est né du fait que j’avais pas encore « Wechat Pay », l’une des nombreuses fonctionnalités de l’application. Ça a quand même choqué l’étudiante, mais dans une moindre mesure.

Le problème auquel j’allais être confrontée était d’avoir la version chinoise de l’application Wechat, avec l’ensemble des fonctionnalités innombrables et inimaginables qu’il me restait à découvrir. Mais face à la faiblesse de mon smartphone, j’ai pris une décision validée par Thomas : en acheter un nouveau en Chine, qui puisse supporter sans broncher les tas d’applications et de sous-applications liées à Wechat (avec le lot prévu de logiciels espions – pourvu que je ne me fasse pas censurer). Grâce à Thomas, le Xiao Mi Rednote 8 Pro est arrivé entre mes mains. Rien à voir avec mon ancien Samsung ramené de Los Angeles en 2015. J’en suis arrivée au point où, sincèrement, le téléphone est plus rapide que moi. Et c’est un peu triste.

Mais ce n’est pas le seul et unique point sur lequel je commence à me sentir dépassée. Une fois mon salaire obtenu et mon compte en banque ouvert, j’ai dû lier ma carte bancaire à Wechat pour pouvoir enfin payer par téléphone. Mon premier paiement n’a pas été fluide : c’était au restaurant, et le serveur me montrait un boîtier blanc en attendant ma réaction. Il fallait que j’active mon QR code de paiement, et que je passe mon téléphone sur ce boîtier blanc. J’ai mis du temps à comprendre. Une autre fois, j’ai dû scanner le QR code d’un vendeur pour le payer, et entrer le montant à verser en yuans. Maintenant je suis un peu plus rapide, surtout depuis que Thomas m’a aidée à identifier les raccourcis de paiement dans mon téléphone.

Wechat n’est pas la seule application qui a changé mes moyens de consommation : il y a aussi Meituan (美团), l’application de livreurs de repas, et Taobao (淘宝), le paradis du shopping en ligne pas cher. Thomas utilise beaucoup la première, moi la seconde : j’ai déjà acheté des affaires que je ne trouvais pas sur place, ou alors à des prix peu intéressants. Par exemple, j’ai acheté des perles, une brosse à cheveux, des petits meubles en bois, des céréales, un K-way de vélo, etc. C’est pratique, mais cela éloigne un peu trop de la réalité. Rien ne vaut le contact authentique : Thomas avait repéré une petite étagère en bois dans une boutique de Tangjia, notre quartier, et je suis allée l’acheter quelques jours plus tard. Deux Cantonnais d’âge moyen m’ont demandé mon adresse pour la livraison, puis m’ont invitée à m’asseoir à l’avant de leur pick-up pour les guider (après avoir balancé mon vélo à l’arrière). Entièrement en chinois, j’ai réussi à les amener jusqu’à chez nous. Un petit voyage de dix minutes, pendant lequel j’ai bien pratiqué mon mandarin !

Vous voyez le seul cycliste avec un casque ? C’est un livreur Meituan.

Un commentaire sur “La Chine 2.0

  1. C’est impressionnant et j’apprécie ton style d’écriture. C’est avec attention et intérêt que je découvre un aspect de votre vie. Je comprends que vous vous adaptez à votre environnement, que tu progresses toujours en mandarin, et que tu gères Wechat avec efficacité. Il me semble même que tu es à l’aise comme un poisson dans l’eau dans ce flux d’informations, de nouveautés. Tu maîtrises la situation (ce dont je n’ai jamais douté!), chaque étape d’intégration s’enchaînant presque naturellement….
    Cela me laisse perplexe, « dépassée » par la technologie…
    Je vous souhaite de conserver « l’instinct », telles les grues cendrées qui savent migrer sans l’aide d’un Xiao Mi Rednote 8 Pro. (Ce n’était pas facile de placer les grues cendrées dans mon commentaire….! ça me rappelle un jeu avec vous….).
    Je vous souhaite de belles découvertes, expériences, rencontres.
    Est-ce une photo prise lors de votre séjour à Canton? (tous ces sinogrammes…), ……
    Je crains que ma lettre ne vous parvienne jamais….trop de flux… le courrier postal…. c’est dépassé…..je suis restée à l’époque des enveloppes en papier avec un joli timbre……Dépassée!….

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