Plus près de l’océan

À Los Angeles, la mer paraît loin. De là où nous vivons, près du centre-ville, il faut compter une bonne demie-heure en voiture pour atteindre la côte. Chaque mardi je donne cours à Marina del Rey, et lorsque je suis en avance je me promène sur le sable, parce qu’après avoir passé une heure dans la circulation un bol d’air marin ne me fait que du bien. Et puis, c’est l’Océan Pacifique, quand même !

À San Diego l’horizon marin était omniprésent. C’est aussi pour ça que j’ai eu le sentiment de respirer. Les buildings n’étouffaient pas, ils étaient portés par cet horizon. Samedi matin j’ai décidé de pousser davantage mon expérience maritime de San Diego  : j’ai pris le ferry pour aller sur Coronado, l’île en face de la ville.

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San Diego, vue depuis l’île de Coronado

Qu’est-ce que c’était agréable ! Ce soleil californien couplé à la brise marine, ça m’a fait du bien, je souriais bêtement pendant toute la traversée. Sur la skyline de San Diego qui s’éloignait, j’apercevais le Convention Center, où Thomas a passé trois jours à tenir un stand pour le bien du Français Langue Étrangère.

Soyons honnêtes : les vingt minutes de ferry ont été beaucoup plus agréables que ma visite de l’île. Les seules infos que j’avais grappillées avant de me rendre sur l’île de Coronado concernaient les boutiques et les restaurants qui y foisonnaient, ainsi que ses plages réputées qui figurent parmi les plus belles de Californie (et où ont été tournées des scènes de « Some like it hot »). J’osais espérer que Coronado avait un peu plus que ça à offrir, mais non : les rues que je parcourais étaient jonchées de grosses baraques proprettes devant lesquelles s’alignaient de grosses voitures rutilantes, et les quelques restaurants que j’ai aperçus ne dégageaient aucune once d’authenticité.

Petit aparté : j’ai vu une crêperie sur cette île, et comme j’y suis retournée le lendemain accompagnée de Thomas et de quelques personnes avec lesquelles il avait travaillé, j’ai timidement suggéré que nous essayions ce resto. Ma proposition a été bien accueillie, mais la crêperie fut malheureusement dégueulasse : ils ont mélangé du beurre crémeux et du vinaigre balsamique dans ma galette aux champignons. J’ai la nausée rien que d’y repenser.

Bref, je suis repartie de cette île, qui avait tout de même de belles plages, après l’avoir arpentée de long en large pendant deux heures. Pour mon programme de l’après-midi j’ai choisi d’aller dans le centre-ville « historique » de San Diego, Old Town, où se sont installés ses habitants au 19ème siècle. La brochure que j’ai récupérée dans mon hôtel vantait le charme du quartier et ses restaurants mexicains qui faisaient fureur chez les locaux. Quelle fut ma surprise en y arrivant de constater que Old Town était dédiée uniquement au tourisme : personne n’y habitait, tous les bâtiments en forme de ranchs réaménagés abritaient des boutiques de bon et de mauvais goût, autour d’une cour centrale assez grande pour que les familles puissent y jouer au foot et au base-ball. Attirée par une pancarte qui disait « Fiesta de Reyes » en grandes lettres colorées, j’ai franchi un petit portique en bois pour débarquer dans un endroit étrange : Mexicaines en tenue traditionnelle, un groupe de mariachi qui faisait déhancher son public, des boutiques qui exposaient ponchos et têtes de mort clinquantes… On se serait cru sur une place touristique de Mexico. C’était fascinant, mais, encore une fois, très peu authentique.

P1060717P1060736bJe ne me suis donc pas attardée à Old Town, un peu déçue que ce quartier historique ait été réaménagé uniquement pour divertir les touristes à coups de restaurants et de boutiques de souvenirs. J’ai repris le tramway pour rentrer à l’hôtel, profitant de cette chance d’avoir un réseau de transports en commun qui fonctionne.

Nous sommes rentrés dimanche dernier, et aujourd’hui (jeudi 26 novembre) c’est Thanksgiving, jour de fête national. Je ne dirai pas mieux que Thomas, qui a écrit dans un mail :

À deux jours de la plus grande célébration de la culture américaine, les routes et les aéroports sont bondés, la ville et l’université sont désertes, et alors que les esprits les plus prévoyants font les derniers ajustements du plan de table des quatre-vingts convives attendus, les hôtes moins organisés arpentent les supermarchés pour dénicher les dernières dindes encore en rayon – dindes qui seront cuisinées pendant des heures et servies avec sauce de cranberries, mashed potatoes et pumpkin pie, dans l’ambiance électrique des grands repas de famille, jeudi après-midi, en suivant en direct l’annuelle Macy’s parade et les traditionnels films de Thanksgiving à la télévision. Tous ceux qui auront passé une soirée seuls et tristes, qui se seront disputés avec leur belle-mère au cours du repas, ou qui rêvent du dernier iPone 6 depuis des mois iront débusquer les meilleurs deals du Black Friday pour se consoler, jeudi soir à minuit.

6 Replies to “Plus près de l’océan”

  1. Quand on a goûté en Bretagne, les meilleures crêpes qui soient, c’est difficile de ne pas être déçue après! Vous pourriez ouvrir une crêperie à Coronado, avec en plus l’animation musicale authentique traditionnelle avec Pierre qui ferait le déplacement: succès assuré! Ou bien faire une alternance, soirées bretonnes ou soirées savoyardes…..authentiques évidemment

    1. Pour ouvrir une crêperie pas besoin de s’installer si loin : il faudrait commencer par Lyon, où je n’en ai pas trouvé une seule qui ait l’air potable ! 😉

  2. Oui, viens ouvrir une crêperie à Lyon, ma Belle, tu as TOUT A FAIT RAISON ! 😉 Ça va marcher, fais-moi confiance ! https://www.youtube.com/watch?v=lIU3OQGJP00

    Je note : 1° que je n’avais pas encore été informée d’avoir un nouvel article ! 2° que Tom écrit de très beaux mails et qu’il ne se casse pas autant le c… pour moi ! o0′
    Il connaît Tanksgiving, il a vécu ça « de l’intérieur » ; Dieu sait que je l’ai tanné avec ça. Et vous avez fait quoi, du coup ?!

    J’adore tes photos (ciel bleu pur, luminosité impec) avec vue sur Tom, les grigris, les papillons accrochés, les hibiscus, les drapeaux +++, le concert tout cheap, les pilotis, les cocotiers… Mmmh !
    Tu n’as donc pas vu le fameux théâtre « Old » chais-pas-quoi, tu y amèneras tes parents la prochaine fois, j’espère !

    Je ne sais pas ce que font les Américains de leurs lieux cultes, ils les transforment en décor de foire ; les communautés sont ultra caricaturées et semblent perverties à se sur-singer… Bref, je me comprends (je pense aux Indiens)… Ça me fait penser au vieux quartier que tu as visité, Hollywood Boulevard qui t’a paru toc ; y a peu de propension à conserver les rêves d’hier, il faut toujours y mettre de la poudre aux yeux pour badauds débilisés et avancer, construire, « buildingiser »…

    Heureusement, il y a l’Océan ! Tu as dû bien kiffer, en effet. Maintenant, je t’imagine les mardis sur la Marina Del Rey (les photos que j’ai regardées sur le net sont magnifiques !) et ça me plaît… Ça te change de la voie ferrée d’Oullins ! 😀 https://www.hostingpics.net/viewer.php?id=349146MarinaDelRey.jpg
    R E S P I R E !!!

    Merci Maureen… <3

    PS ; Gros HS, je voulais savoir si tu utilisais aux USA Google ou si tu avais une autre navigation de recherche. Dans ma série "The Good Wife", ils utilisent Chumhum (je devrais demander plutôt ça à Tom, je sais)…

    1. C’est toujours un plaisir de lire tes commentaires <3

      Pour Thanksgiving, nous n'avons rien fait de fou : j'ai travaillé le matin (une étudiante riche qui voulait que je corrige sa dissert de français $$$)(et j'ai fait une heure de caisse pour y aller!), et notre dîner fut composé de hamburgers maison. Pépère donc, mais plutôt cool.

      Ravie que tu aimes les photos ! San Diego est plus photogénique que L.A. ...

      Tu as raison, j'ai exactement le même sentiment : les Américains caricaturent leurs cultures et se "sur-singent"... Ils semblent vraiment attirés par les choses en toc agréables à l'oeil, pour le tourisme et le divertissement tout du moins.

      J'écris en ce moment de Marina del Rey !

      Concernant mon moteur de recherche, j'utilise uniquement Google, et les Américains ne semblent pas différer sur ce point... je ne connais pas du tout l'autre dont tu parles.

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